Atelier sur le Paddock Paradise et l'agro-écologie équine Marie-Laure Guénot (17 - 18 décembre 2

"Les chevaux vivent la plupart du temps dans un environnement qui ne leur convient pas et qui pâtit de leur présence". C'est en partant de ce constat que Marie-Laure a commencé à partager son approche agro-écologique et permaculturelle des chevaux.
En effet, nous autres propriétaires avons beau passé notre temps à nous décarcasser pour nos poilus, nous sommes souvent confrontés à de véritables problèmes de place. Comment peut-on alors offrir une vie équilibrée à nos chevaux -c'est-à-dire en groupe, dans des conditions de vie leur permettant de bouger et manger quand ils le souhaitent- sur des espaces malheureusement réduits? Faut-il privilégier l'espace et respecter l'adage du 1 cheval = 1ha ou privilégier les contacts sociaux mais risquer le surpâturage?
En effet, les chevaux ont un impact non négligeable sur nos sols: ils favorisent un tassement rapide de la couche superficielle du sol, d'où une perte de la vitesse d'infiltration et de la porosité des sols, et donc une perte d'efficacité du sol.
Plantes indicatrices d'un sol tassé: 1. Pissenlits -> 2. Renoncules -> 3. Rumex (mieux vaut agir avant d'en arriver au rumex sinon bonjour le travail pour rattraper ça...)
Marie-Laure nous propose une autre approche permettant d'intégrer harmonieusement nos chevaux dans l'environnement, et mieux encore, d'améliorer celui-ci grâce à eux. Mais cela suppose quelques aménagements ingénieux ... ;)
Rassurez-vous: pas besoin de 10 ha pour offrir un cadre de vie idéal à vos chevaux, sans détruire l'écosystème dans lequel vous les intégrer! C'est tout à fait possible de créer un lieu de vie bien sympathique sur quelques milliers de mètres carrés pour plusieurs chevaux : c'est le principe du paddock paradise!
Pour commencer, il y a quelques principes simples à respecter quelle que soit l'utilisation qu'on fait du terrain:
> Accroître la biodiversité, éviter la monoculture et les activités uniques et répétitives
> Respecter la vie du sol en limitant le travail, maintenant le couvert et en favorisant la fabrication d'humus
> Limiter les traitements chimiques
> Favoriser les variétés locales, plus adaptées et redonner sa place à l'arbre
> Optimiser le cycle de l'eau.
Et concrètement, on fait comment ?
1. Favoriser le déplacement des chevaux
Pour ce faire, rien de plus simple: il suffit de créer des couloirs avec des fils, des haies ou en utilisant la géographie du terrain et de répartir les zones d'intérêt aux différents endroits du parc.
Les couloirs doivent faire entre 3 et 6 mètres afin d'assurer la sécurité des chevaux s'ils galopent à plusieurs. Il est également intéressant de créer des passages étroits (< 3m de large) mais sur des zones précises et courtes.
Tous ces couloirs mènent à différentes zones d'intérêt (> 6 m de large) dans le PP: zones de nourrissage, zones de repos, zones de roulade, litières, etc....
=> Ainsi, vos chevaux n'auront d'autres choix que de se déplacer le long des couloirs (et non plus en ligne droite) pour rejoindre les zones qui les intéressent, ce qui non seulement optimise la surface, permet de préserver les zones hors couloirs et obligent els chevaux à se déplacer davantage.
2. Stabiliser les sols
Qui dit région humide dit boue, au grand dam de nombreux propriétaires. Pour le bien-être de vos chevaux, il est donc essentiel de stabiliser petit à petit les zones où ils passent le plus de temps (foin, repos, couloirs) et les zones les plus fragiles (passage de ruisseaux). Pour stabiliser les sols, il existe différentes méthodes, certaines plus durables et écologiques que les autres, mais qui peuvent aussi s'avérer plus coûteuses.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser au premier abord, il n'est pas nécessaire de stabiliser les couloirs sur toute la largeur. Au contraire! Il est intéressant de laisser aux chevaux le choix de passer sur la zones stabilisées (dalle, cailloux, broyats de bois, ...) ou à côté.
3. Slow feeding
Un autre principe essentiel du paddock paradise est le fait d'offrir de la nourriture à volonté à nos chevaux, à divers endroits du terrain. Il est recommandé d'utiliser des filets à foin, afin de pousser le cheval à manger par plus petites quantités. /!\ Ne pas mettre le filet en hauteur.
Planter des haies et des arbres permet également aux chevaux de grignoter diverses essences tout au long de la journée. Les arbres, arbustes et arbuisseaux ont en plus l'avantage d'offrir des abris naturels coupe-vent, de favoriser la biodiversité, de lutter contre l'érosion des sols et de permettre l'alimentation en profondeur des nappes phréatiques. Ils sont donc précieux d'un point de vue écologique tout en étant de véritables atouts dans nos paddocks paradises pour limiter la boue, offrir une nourriture variée à nos chevaux et des abris naturels, voire faire office de barrière naturelle.
Personnellement, j'ai actuellement le problème de mes 4 destructeurs ambulants qui bouffent tous mes arbres avant que ceux-ci aient pu grandir. Lors du stage de Marie-Laure, une participante m'a proposé une solution ingénieuse: faire pousser mes arbres au milieu des ronces, mes chevaux n'y touchant pas. Nous testerons donc cette solution au printemps, en plus d'une clôture en palettes.
4. Vie sociale et stimulation
Les chevaux sont des animaux grégaires qui ont besoin de la présence de leurs congénères pour être bien dans leurs sabots. Les paddocks paradises ont donc pour objectif d'organiser les milieux pour des troupeaux et non pour des chevaux seuls. La création de zones de sable pour se rouler, de zones larges pour se reposer, de buttes, de descentes, de cours d'eau, etc.... stimulera les chevaux au quotidien.
Le paddock paradise étant également principalement destiné à des chevaux pieds-nus, il peut être intéressant de varier les textures du sol: terre, sable, cailloux, etc... en fonction des lieux de balades habituels afin de permettre aux chevaux de s'y habituer en douceur.
Pour agrémenter les couloirs, on peut aussi y ajouter des obstacles (rondins, pierres, etc...) mais il convient de toujours laisser le choix au cheval de passer à côté, s'il ne se sent pas capable de le franchir.
Enfin, on peut enrichir le paddock paradise avec divers jeux, grattoirs, pierres à sels, compléments alimentaires, etc... Nous envisageons pour notre part de créer des bacs à plantes aromatiques, répartis à divers endroits de la pâture pour permettre aux chevaux de s'auto-complémenter.
Et si je n'ai pas beaucoup de temps ?
Il est vrai que le principe du paddock paradise demande beaucoup de temps, notamment du fait de la répartition des zones de nourrissage. Selon le temps qu'on a, cette répartition peut s'avérer très chronophage et nous faire perdre de précieuses heures qu'on aurait pu passer avec nos chevaux.
Le principe "Equicentral" couplé à celui du Paddock Paradise peut donc permettre de trouver un juste milieu entre praticité pour le propriétaire et lieu de vie intéressant pour nos équidés. Dans ce système, les ressources sont centralisées et donnent sur plusieurs petites pâtures que les propriétaires ouvrent au fur et à mesure. Alors pourquoi ne pas grouper les deux systèmes, en proposant un système de piste aux chevaux, en centralisant les zones de nourrisage mais en dispersant les zones de repos / de roulades et en y mettant les pierres à sels et autres compléments qu'il n'est pas nécessaire de ré-apprivosionner chaque jour?
Dans tous les cas, c'est ce que nous tenterons de proposer à nos 4 (bientôt 5) poilus dès cet été ;)